Sous les tropiques, à Kinshasa, une partie importante d’activités se déroule en plein air. Un espace avec multiples barrières visibles et invisibles qui démarquent les espaces publics, semi-publics et privés. Nos activités quotidiennes se déroulent dans la cour que nous appelons « lopango », notre espace de vie. Espace où la communauté partage, échange et se réinvente jour après jour. La Biennale se devait d’explorer ces différents espaces partant du public au privé en passant par le semi-public. Sachant que les arts visuels et autres formes d’art contemporain ne sont pas accessibles à tous, la Biennale s’est donnée la mission d’occuper l’espace public et social. Pour briser la frontière et donner à la population l’accès aux pratiques artistiques socialement engagées dans un contexte particulier, nous offrons aux quartiers populaires et éloignés de la création contemporaine l’opportunité d’expérimenter des interventions artistiques et de permettre aux

artistes de réfléchir sur l’espace social et la sphère publique en collaboration avec la population de Kinshasa.
Les expositions dans les espaces publics ou sociaux présentent aux artistes, designers, architectes et autres participants une opportunité de repenser l’engagement social, en dialogue avec le contexte historique et la réalité urbaine ; et pour se concentrer sur une partie de la ville de Kinshasa en impliquant les artistes et la population.
Le projet est un concept pour expérimenter des processus applicables aux communautés des quartiers populaires de Kinshasa, les moins développés et les plus enclavés géographiquement.
Notre objectif est de communiquer et de faire connaître une éventuelle reproduction du rôle de l’art dans la société, ce qui peut être réalisé par une sensibilisation accrue des artistes contemporains qui sont engagés dans des créations qui considèrent l’art et la société comme interdépendants.

L’expérience a été appréciée par un large public exclu des activités artistiques et expositions par manque d’infrastructures. Nous voulons réaliser une expérimentation pour la sensibilisation d’un grand public. Le choix de l’espace public est aussi un moyen de démontrer un détachement des institutions, tels que les musées, centres d’art ou autres lieux de diffusion. L’artiste quitte donc ces lieux très règlementés par des traditions et valeurs organisationnelles pour s’échapper dans un endroit sans le consommateur habituel de ses créations ; un coin où l’artiste est en confrontation directe avec une réalité nouvelle. Ici, l’œuvre est conçue comme une expérience parce qu’elle est créée in-situ, lors d’une résidence dans le cas de la Biennale du Congo, sans pré-mesurer l’impact et l’appréhension du public au contact de l’œuvre.
D’où le choix d’un jardin public dénudé dans la commune de Bandalungwa. Couramment appelée Bandal, la commune fut créée le 8 décembre 1955, habitée par des fonctionnaires du service public congolais, ainsi que des enseignants pour la plupart avant l’indépendance. Après l’indépendance, peu à peu l’exode rural aidant ainsi que le manque de politique d’urbanisation durant le pouvoir de Mobutu, ont transformé Bandal en une commune populaire aux revenus très modestes.
En raison de sa densité actuelle de 32 220 habitants par km2 (Manhattan a une densité de 28,154.0/ km2), ces espaces stratégiquement placés pendant la planification de la commune attirent un flux humain important.
Par manque d’entretien, ces espaces publics sont envahis par diverses activités illégales qui dénaturent même leur raison d’être. Certains sont convertis en «nganda» , bars à ciel ouvert, ou en garages pour les mécaniciens du quartier pendant que d’autres sont illégalement vendus à des particuliers dans un système de spoliation agressive.
Dans ce chaos spatial, la Biennale s’est donnée la mission de faire un investissement important en transformant un de ces espaces frelatés en modèle typique pour restituer ces endroits à la population.

Après leur résidence et en étroite collaboration avec les habitants, les artistes invités par la Biennale animeront l’espace que nous avons identifié au quartier «Bisengo», Le Bonheur, avec des œuvres et interventions produites in-situ.
En plus de cette série, cet espace sera aménagé pour accueillir une exposition extérieure de toiles imprimées pour mieux célébrer l’art contemporain avec le public, nous organiserons aussi dans le pavillon temporaire des talks et autres réunions dans le cadre de la Biennale. Cet exercice permettra aux artistes durant la Biennale et d’autres ailleurs de reformuler l’idée même de l’œuvre d’art loin des institutions qui les accueillent généralement, leurs habitats naturels.
Dans la même perspective, l’approche directe de l’artiste vis-à-vis du public, à travers les lieux de rassemblement dans ces quartiers de Kinshasa, questionnera à terme, dans le processus même, la place que le public aura dans la conception de l’œuvre. C’est le lieu de discussion et d’échange d’opinions entre les artistes et les communautés afin d’améliorer la cohabitation avec l’apport artistique.

Cependant, le lieu est choisi en résonance avec différents contextes pour créer un effet miroir entre les différentes interventions et une base de dialogue qui amèneront un public qui n’est pas nécessairement issu du monde de l’art à interagir avec ces actions artistiques présentées dans le cadre de Congo Biennale.
Une exposition qui présente des artistes travaillant dans l’espace public et engagés dans la pratique sociale de la ville de Kinshasa en osant prendre des « risques » dans leur approche et pratique artistique.
Cette action ravivera la mémoire collective des locaux et en même temps questionnera son existence tout en soulevant certains de ses enjeux afin de réfléchir sur des décisions communes et d’actions concrètes liées à ce type de lieu, ici et ailleurs.
Il s’agit aussi d’une transformation d’espaces par des interventions collectives, car l’art a aussi sa part de responsabilité dans la transformation de la société. Comme l’a dit Cheikh Anta Diop: “L’artiste qui saura exécuter des oeuvres nobles pour inspirer un idéal de grandeur à son peuple est l’homme qui répond, dans la mesure de ses dons, aux besoins de son temps et aux problèmes qui se posent à son peuple”
Aussi, l’objectif d’investir dans l’espace public pendant la Biennale est de communiquer et de promouvoir une reproduction possible du rôle de l’art dans la société, à travers la sensibilisation accrue des artistes contemporains engagés dans des processus de création qui considèrent l’art et la société comme interdépendants.
En conclusion, avec cette partie de la Biennale du Congo, il s’agit, en même temps, de relever peut-être le dernier défi du Kin ArtStudio, comme souligné lors de l’exposition Young Congo en 2017, celui des médiations culturelles véritablement interactives, afin de mobiliser un public toujours en métamorphose sociale en puisant dans notre riche patrimoine culturel national, au nom de la bonne visibilité et compétitivité, notamment sur le plan international.
La Biennale souhaite créer un lieu de création et d’innovation dans cet espace public. Ce sera un moyen de soutenir les pratiques artistiques socialement engagées dans un contexte local et international avec des projets artistiques créatifs dans l’espace social, afin qu’elles puissent travailler avec la communauté locale, pour produire et contribuer au développement social durable.


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